C’EST LE SEIGNEUR, 3e Dimanche de PAQUES 2010
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ECOUTER: Jean 21, 1-19
Jésus se manifesta encore aux disciples sur Le bord du lac de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (don’t Le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec to. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.
Au lever du jour, Jésus était là, sur Le rivage, mais les disciples NE savaient pas que c’était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de Poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez Le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc Le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à Le ramener, tellement IL y avait de Poisson.
Alors, Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est Le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était Le Seigneur, IL passa un vêtement, car IL n’avait rien sur lui, et IL se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant Le filet plein de poissons ; la Terre n’était qu’à une centaine de mètres. En débarquant sur Le rivage, ils voient un feu de braise avec du Poisson posé dessus, et du pain.
Jésus leur dit : « Apportez donc de ce Poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à Terre Le filet plein de gros poissons : IL y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, Le filet NE s’était pas déchiré. Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun Des disciples n’osait lui demander : « Qui es-TU ? » Ils savaient que c’était Le Seigneur. Jésus s’approche, prend Le pain et Le leur donne, ainsi que Le Poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-TU plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, TU Le sais. » Jésus lui dit : « Sois Le Berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-TU ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, TU Le sais. » Jésus lui dit : « Sois Le Pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, EST-ce que TU m’aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, IL lui demandait : « Est-ce que TU m’aimes ? » et IL répondit : « Seigneur, TU sais tout : TU sais bien que je t’aime. »
Jésus lui dit : « Sois Le Berger de mes brebis. Amen, amen, je te Le dis : quand TU étais jeune, TU mettais at ceinture to-même pour aller là où TU voulais ; quand TU seras vieux, TU étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra at ceinture, pour t’emmener là où TU NE voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis IL lui dit encore : « Suis-moi. »
RELECHIR
Pourquoi cette seconde finale au quatrième évangile ? Pourquoi cet ultime rebondissement alors que Le dernier verset du chapitre 20 clôturait fort bien Le livre ? La Bible de Jérusalem titre ce chapitre comme appendice, c’est-à-dire pour préciser ou souligner davantage son point de vue sur la résurrection, et pour dire aux hommes de tous les temps et les races que ce Jésus EST vivant, vivant dans une Eglise, vivant dans son successeur qui EST Pierre.
De plus tout EST étrange dans ce récit : les « disciples » NE sont pas onze, mais Sept, don’t cinq seulement son nommés – tous Des appelés de la première heure, excepté Natahanael… Et que font-ils ? Parcourent-ils les villes et villages comme Le Seigneur Le leur avait dit et enseigné ( 20,25), invitant tous les hommes à la conversion et à la foi ? Pas du tout : ils retournent à leurs filets, et vont tout simplement …à la pêche !
Certainement nous devons croire que ce chapitre 21 c’est une ajoute de Jean. Il avait probablement oublié de souligner un aspect que maintenant veut mettre devant ses propres lecteurs.
On pourrait croire que dans Le désarroi suite à la crucifixion, les apôtres reprennent leur activité professionnelle, NE sachant que penser et que faire. Mais non : les rencontres avec Le Ressuscité, longuement relatées au chapitre 20, Ont permis de rassembler Le groupe dispersé par la tourmente. Le Seigneur les a même explicitement envoyés, avec la mission d’être les témoins de sa miséricorde victorieuse (Jn 20, 23). Il est vraiment difficile de comprendre comment Pierre, Jacques, Jean, Nathanaël, et Thomas – dont on se souvient qu’il a bénéficié d’une apparition particulière (20, 28) – s’embarquent tranquillement pour une partie de pêche sur le lac de Tibériade !
Bref : ce chapitre ne saurait être une simple « suite » du chapitre précédant. Il apparaît plutôt, au terme du récit, comme une ultime ouverture sur la dimension universelle de la mission. Autrement dit, la péricope ne veut pas nous parler seulement de la communauté des premiers disciples, mais de toute communauté se réclamant du Christ.
Essayons de comprendre le texte.
Les événements rassemblés autour du récit d’une pêche miraculeuse, constituent une sorte d’itinéraire que tout compagnon du Seigneur et toute communauté chrétienne ont à parcourir. Le chiffre sept évoque en effet une plénitude qui déborde le contexte strictement juif (où nous trouverions plutôt le chiffre douze) et qui ouvre sur les nations païennes. Et ce chiffre 7 est bien lié aussi à cette 3e manifestations de Jésus ressuscité à ses propres disciples.
Ces hommes qui vaquent à leur ouvrage sont spécifiés comme étant des « disciples ». Le double nom – Simon-Pierre – et le contexte d’une pêche miraculeuse, font écho à l’appel de celui qui deviendra le chef du collège apostolique. Le récit en Luc 5, 1-11 se termine par cette parole prophétique de Jésus adressée à son apôtre : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Lc 5, 10). Et l’évangéliste d’ajouter : « Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent » (Lc 5, 11).
Rien ne nous autorise à penser que Simon-Pierre et ses compagnons seraient revenus sur cette décision. Nous pouvons donc interpréter la pêche nocturne en Jean 21 comme la description symbolique du travail d’évangélisation – comme le confirme d’ailleurs le nombre de poissons capturés en jetant le filet de la Parole sur l’ordre de Jésus : le chiffre « cent cinquante-trois » correspond au total des nations connues à l’époque de la rédaction du quatrième évangile.
Ainsi donc nos sept compagnons s’activent à l’annonce de la Parole , mais leurs efforts demeurent stériles. Pourtant, ils connaissent leur « métier » : n’ont-ils pas été à l’école du Seigneur lui-même ? On imagine sans peine le désarroi de ces hommes devant la fin de non-recevoir qu’opposent leurs interlocuteurs à leurs efforts d’évangélisation. Le Seigneur les aurait-il abandonnés ? L’Esprit se serait-il retiré ? N’ayant plus rien à perdre, ces hommes répondent à l’appel d’un inconnu et lui obéissent en dépit du bon sens. Traduisons : ils acceptent de sortir du cadre bien structuré de leur pastorale. Et voilà que la réponse à leur acte de foi, est au-delà de toute espérance.
Non, Jésus ne s’était pas éloigné ; mais il fallait que la communauté passe par cette expérience de l’échec, pour retrouver son dynamisme originel. L’écoute attentive du Seigneur et l’obéissance à son appel, sont bien plus importantes que nos stratégies longuement réfléchies et patiemment mises en place ; car le Maître c’est le Christ (Mt 23, 10) : c’est lui qui appelle et qui envoie, c’est lui qui assure la fécondité.
Toute communauté évangélisatrice commence dans l’Esprit ; mais elle court le risque d’attribuer insensiblement le succès de son travail au fruit de ses propres efforts. Aussi est-il indispensable qu’elle fasse l’expérience amère de la stérilité. Heureuse la communauté qui devant l’échec, au lieu de poursuivre avec acharnement, ou de chercher à inventer d’autres techniques pastorales plus performantes, sait se remettre humblement à l’écoute du Seigneur, et discerner son second appel, qui passe souvent par des sollicitations totalement inattendues.
La fécondité d’une mission menée en dépit de toute prévision et programmation, laisse entrevoir qui agit dans le secret, afin de nous faire revenir à lui, source et fin de toute évangélisation.
Simon-Pierre comprend : oui c’est bien « le Seigneur » qui appelle à un plus grand dépouillement, à un plus radical abandon. Il prend conscience que sans même s’en apercevoir, il avait quitté le vêtement de la foi, pour agir plus librement en son nom propre. Se ressaisissant, « il passe un vêtement et se jette à l’eau », abandonnant tous ses stratagèmes pour rejoindre Jésus sur le rivage, où celui-ci a préparé pour les siens un repas.
AGIR
C’est autour de l’Eucharistie que toute communauté se constitue, se structure ; c’est dans l’Eucharistie qu’elle se retrouve et refait son unité. C’est de l’Eucharistie qu’elle est envoyée pour récolter ce qu’elle n’a pas planté, moissonner ce qu’elle n’a pas semé.
L’épisode de la rencontre personnelle de Pierre et de Jésus est parmi les plus émouvantes de l’Évangile. La triple demande de Jésus s’explique par son désir de donner à Pierre la possibilité d’effacer son triple reniement au cours de la passion. Dieu donne toujours aux hommes une deuxième possibilité ; souvent une troisième, une quatrième, un nombre infini de possibilités. Il ne raye pas les personnes de son livre à la première erreur de leur part. La confiance et le pardon du Maître ont fait de Pierre une personne nouvelle, forte, qui sera fidèle jusqu’à la mort. Il conduira le troupeau du Christ dans les moments difficiles du commencement, lorsqu’il s’agira de sortir de Galilée et de se lancer sur les routes du monde. Au terme de sa course, Pierre sera même en mesure de tenir sa promesse de donner sa vie pour le Christ.
Des vents diaboliques font trembler l’Eglise en ces jours avec toutes ces accusations, calomnies et mensonges qui se lèvent de partout dans le monde. Les attaques contre le Pape Benoit XVI nous semblent trop exagérées et montrent ouvertement le désarroi de notre société moderne. Le mal reste toujours du mal à stigmatiser et à reprouver fermement.
Saint Augustin affirme : « En interrogeant Pierre, Jésus interrogeait également chacun de nous ». La question : « M’aimes-tu ? » s’adresse à tous les disciples. Le christianisme n’est pas un ensemble de doctrines et de pratiques ; c’est quelque chose de beaucoup plus intime et profond. C’est une relation d’amitié avec la personne de Jésus Christ. Jésus explique que la manière de l’aimer est de servir les autres : « M’aimes-tu ? Pais mes brebis ». Il ne veut pas recevoir les fruits de cet amour, il veut que ce soient ses brebis à les recevoir. Il est le destinataire de l’amour de Pierre, mais pas son bénéficiaire.
C’est comme s’il lui disait : « Je considère que ce que tu feras pour mon troupeau, c’est à moi que tu l’auras fait ». Notre amour pour le Christ ne doit pas non plus demeurer quelque chose d’intimiste et de sentimental, mais il doit s’exprimer dans le service aux autres, dans le bien que nous faisons à notre prochain. Mère Térésa de Calcutta aimait répéter : « Le fruit de l’amour est le service et le fruit du service est la paix ».
PRIER
Seigneur Jésus, vivant et ressuscité parmi nous, fais de nous des instruments capables de chanter avec nos vies la symphonie de ton amour. Nos reniements au quotidien ne doivent pas nous faire douter de la grande miséricorde qui demeure intarissable et infinie dans ton cœur et qui sans cesse tu nous donnes à tout moment. « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime » et cela me suffit. Amen
© Frère Elie et Kakaluigi, avril 2010
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